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Je suis un agiliste/ manager / coach, je connais un peu la CNV 1 , mais je me demande a quoi ca sert coté pro ?


Faire de l’agile (ou de l’innovation, ou du management 3.0) c’est faire des choses nouvelles, dans le sens qu’on ne les a pas déjà faite, que l’on ne sait pas les faire a priori.

Et se balader dans l’inconnu (en mode « pro », c’est à dire, avec des attentes de résultat) , c’est inconfortable.

Dans le mode pré-Agile, les inconforts sont fuis, niés, repoussés, ou tenus à l‘écart, de manière virile, et le pré-Agile incite les autres a faire de même. « Sois fort ! ».

L’Agilité Mature écoute ses inconforts. Elle sait que le complexe et l’inconnu génèrent de l’inconfort, elle ne nie pas ces informations mais les écoute, pour en faire sens.

Les inconforts signalent des besoins non nourris, et les nommer, c’est ce qui va permettre de dégager du sens et de la clarté face à l’inconnu. L’Agiliste Mature va écouter ses inconforts, mettre des mots dessus, et les partager avec d’autres, qui feront de même.

Ceci va créer de la clarté et du sens, le savoir d’hier est obsolète dans le nouveau, et nous devons nous réadapter continuellement, dans l’ambiguïté du complexe, voire même ré-inventer face au chaos.

Nier ces inconforts et tenter d’appliquer les recettes passées, dans un futur inconnu, cela consiste à marcher en ligne droite dans le noir, sans se préoccuper si la route tourne (ou s’il y a encore une route).

C’est à ceci que la Cnv 1 nous sert, à écouter, accueillir ses inconforts, et ceux des autres, et gagner en clarté sur les besoins émergeants.

Distinguer perso et pro, thérapie et émergence

La Cnv en mode personnel à souvent un but thérapeutique, car on va s’occuper plutôt des difficultés liées à la personnalité, et de ses conflits, sur des terrains personnels, comme le couple, les enfants, les souffrances passées.

La Cnv professionnelle permet de mettre des mots sur ce qui est encore inconnu ou juste pressenti, mais pas encore clarifié.

Ce n’est pas juste un exercice de « feel good » pour évacuer l’excédent de stress.
(Et même si ce n’était que ça, ça serait déjà bien) .

La Cnv à titre pro permet de :

  • s’orienter
  • créer du sens,
  • pour agir ensemble et collectivement, afin de permettre l’émergence,
    c’est donc du domaine du « faire ensemble » 2 (alors qu’en mode perso, c’est plutôt du « être mieux »).

La technique est la même dans les deux cas, c’est juste la finalité qui change.

Connexion aux besoins présents ou mémoire du passé ?

L’émergence, l’agilité, la complexité, c’est lorsqu’il y a peu ou moins de repères, pour s’orienter et naviguer, ou lorsqu’ils sont confus ou ambigus.

Alors nous ne pouvons plus utiliser nos repères du passé, basés sur la mémoire ou l’expérience, reproduits à l’identique encore et encore. Le sens doit se créer dans le moment présent, avec nos sentiments présents, qui reflètent une intuition plus haute, avec un mental ouvert et à l’écoute de cette connexion profonde.

C’est à ça que sert la Cnv en milieu professionnel, apprendre à se connecter à soi, aux autres. Ressentir et s’exprimer authentiquement, et faire sens ensemble

Sidération, confusion ou clarté

Et si cette connexion profonde, cette écoute de l’intuition n’est pas présente, que se passe-t-il pour l’individu, son groupe étant confronté à la complexité du nouveau ?
Si la sagesse ne peut s’exprimer, il reste le silence perplexe, le bavardage creux,ou partir en boucle.

  • Soit il ne sait pas répondre, perplexe devant le vide, ou l’abîme de ce qu’il faudrait dire, et qu’il ne peut exprimer,
  • soit il utilise des raccourcis réducteurs, simplificateurs,
  • soit les long monologues sans queue ni tête, les longues associations latérales d’idées, en boucle, qui partent dans tous les sens sans aller à l’essentiel. C’est aussi la pensée complexe qui essaie de s’incarner dans le langage, trop linéaire.

Ceci va tuer la dynamique du groupe, qui ne saura faire face au nouveau, et se condamne à reproduire l’ancien, en attendant l’effondrement.


Résumons :

  • Faire du nouveau, c’est excitant, mais aussi inconfortable. Les inconforts clarifient les besoins non nourris, ce qui pointe vers l’innovation, ce qu’il faut faut combler. Yapuka trouver comment 🙂
  • Risque: les inconforts sont habituellement plutôt fuis, ou évités. Rester en connexion avec ses inconforts, ou ceux d’autrui, n’est pas habituel, et nécessite détermination et pratique.
  • Conséquence : sans cette pratique de connexion 3, c’est le bla-bla-bla de la pensée associative, ou le réductionnisme, ou le silence perplexe.

Merci à Aurore Batteux, Jean Francois Paul, pour le stimulus, et Gilles et Richard Beghin pour le feedback, Stephane pour l’édition.


  1. Communication Non violente (animal totem : la girafe) 
  2. ici, plus spécialement, du “créer ensemble” (i.e. co-créer) 
  3. la cnv est UNE pratique possible. ce n’est pas la seule. 
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